Réservé aux abonnés

Les Catalans ont la boule au ventre

Jacques Pilet

Par Jacques Pilet · Publié le 4 novembre 2017 · 4 min de lecture

Les Catalans ont la boule au ventre
© Salvador Dali

Tous se sentent mal. Les indépendantistes atterrés de voir leur rêve s’enfumer. Ceux qui veulent rester en Espagne ne voient pas la fin des tensions qui empoisonnent leur vie. Les autonomistes modérés se désolent de voir l’affrontement se durcir. Le comportement irréaliste et erratique des dirigeants indépendantistes leur a donné une triste image. Mais la réaction du gouvernement espagnol ne fait que galvaniser leur camp. Il y eut un bref moment où le dialogue paraissait possible. Mariano Rajoy en a décidé autrement. Il a décrété que c’était à la justice d’agir. Il a tourné ainsi le dos au seul chemin viable: celui de la concertation politique.

Ce n’est pas étonnant. L’Espagne a toujours eu une fascination pour le monde judiciaire. Les juges, les procureurs, les avocats y sont tout puissants et croient tout résoudre dans leurs cours. Le fils et petit-fils de juristes, avocat lui-même, s’est naturellement tourné vers eux pour casser la contestation. Un tribunal a donc mis en détention plusieurs dirigeants séparatistes et tente de faire extrader l’ex-président Puigdemont enfui en Belgique.

Madrid invoque le respect de la légalité et assure que la séparation des pouvoirs est respectée. Peut-être. Mais comment ne pas voir qu’en saisissant la justice, le gouvernement créait une situation inextricable. Les dirigeants emprisonnés deviennent des héros de la liberté démocratique. La colère ne peut que monter en Catalogne et pas seulement chez les convaincus de l’indépendance. Les élections du 21 décembre, aussi nécessaires soient-elles, ne suffiront pas à désamorcer la crise si elles ne s’accompagnent pas d’une amnistie. 

Le directeur du journal catalan La Vanguardia, Marius Carol, un modéré, décrit ainsi la situation: «Depuis quelques temps, les jours sont flasques comme le camembert qui inspira Dali pour ses montres molles et enflammés comme les girafes embrasées également daliniennes (…) Nous nous réveillons avec une sensation d’impuissance démocratique et d’échec collectif.»

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

A confondre le verbe et l’action, on risque de se planter

GéopolitiqueArticle

A confondre le verbe et l’action, on risque de se planter

De tout temps, dans la galerie des puissants, il y eut les taiseux obstinés et les bavards virevoltants. Donald Trump fait mieux. Il se veut le sorcier qui touille dans la marmite brûlante de ses colères et de ses désirs. Il en jaillit toutes sortes de bizarreries. L’occasion de s’interroger: quand le verbe se nourrit de lui-même que devient l’action?

Jacques Pilet

Les fantasmes des chefs de guerre suisses

GéopolitiqueArticle

Les fantasmes des chefs de guerre suisses

Il arrive que le verrou des non-dits finisse par sauter. Ainsi on apprend au détour d’une longue interview dans la NZZ que le F-35 a été choisi pas tant pour protéger notre ciel que pour aller bombarder des cibles à des centaines, des milliers de kilomètres de la Suisse. En clair: pour se joindre de facto à l’OTAN dans un conflit généralisé. Qu’il en a rêvé, de cet avion, le commandant de l’aviation Peter Merz, surnommé Pablo par ses potes…

Jacques Pilet

Démocratie en panne, colère en marche

GéopolitiqueArticle

Démocratie en panne, colère en marche

En France, ce n’est pas tant le tourniquet des premiers ministres et la détestation de Macron qui inquiètent, c’est le fossé qui se creuse entre la société et le cirque politicien, avec son jeu d’ambitions qui paralyse le pays. Le tableau n’est guère plus réjouissant en Allemagne, en Grande-Bretagne, en Espagne. Sur quoi déboucheront ces frustrations, ces colères, ces rejets? On ne le sait encore. Il est sûr cependant que les droites de la droite ont le vent en poupe.

Jacques Pilet