Réservé aux abonnés

La Suisse dans la course mortelle contre la douleur

Amèle Debey

Par Amèle Debey · Publié le 15 mai 2019 · 6 min de lecture

La Suisse dans la course mortelle contre la douleur
Un Suisse sur quatre au moins consomme des antidouleurs toutes les semaines. - © Tony

Depuis plusieurs dizaines d’années les Etats-Unis font face à une crise sanitaire sans précédent, déclenchée par une prescription incontrôlée d’antidouleurs. Désormais, le problème s’étend en Europe, où les cas de dépendance aux opiacés sont en pleine expansion. En Suisse, l’on aime à penser en permanence que tout est sous contrôle, mais est-ce vraiment le cas? Bilan de la situation.

Sommaire

La lutte de l’homme contre la douleur remonte à la nuit des temps. La première utilisation de l’opium pour combattre les maux – physiques ou non – date de l’époque des Sumériens (il y a environ 4000 ans). Déjà, dans l’Antiquité, les risques associés à l’abus de cette substance issue du pavot étaient connus. Socrate lui-même s’en serait servi pour mettre fin à ses jours. Aujourd’hui, les opiacés sont toujours utilisés pour combattre la douleur, mais leur dangerosité fait de ces derniers un remède largement contre-productif.

Aux Etats-Unis et au Canada, l’utilisation abusive d’antidouleurs est désormais considérée comme une épidémie. Dès 2010, on parle de «crise des opioïdes», élevée au rang d’urgence de santé publique par Donald Trump, en 2017. De plus, la trop grande facilité d’obtention de ces médicaments, suivie d’un rétropédalage brutal pousse certains patients devenus dépendants à se tourner vers des substances moins chères et plus faciles d’accès, comme l’héroïne. Des membres du corps médical profitent alors de leur position pour faire chanter ces «drogués», qui ne se résument plus à une branche marginale de la population. Soixante personnes, dont des médecins, des infirmiers et des pharmaciens, ont été inculpés en avril dernier pour avoir prescrit des centaines de milliers d’ordonnances pour des opiacés, parfois en échange de relations sexuelles, ou à des tarifs exagérés.

Commentaires

Les commentaires sont les bienvenus ! Pour préserver la qualité des échanges, merci de respecter notre charte des commentaires.

S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire

À lire aussi

PFAS: un risque invisible que la Suisse préfère ignorer

GéopolitiqueLu ailleursLibre

PFAS: un risque invisible que la Suisse préfère ignorer

Malgré la présence avérée de substances chimiques éternelles dans les sols, l’eau, la nourriture et le sang de la population, Berne renonce à une étude nationale et reporte l’adoption de mesures contraignantes. Un choix politique qui privilégie l’économie à court terme au détriment de la santé publique.

Pourquoi est-il si difficile de dresser le bilan de la période Covid?

SantéEntretien

Pourquoi est-il si difficile de dresser le bilan de la période Covid?

La crise sanitaire s’est terminée il y a quatre ans seulement. Pour la majorité de la population et des élus, c’est de l’histoire ancienne. Inutile d’y revenir. Un tel oubli collectif après une période si violente sociétalement ressemble à s’y méprendre à une amnésie traumatique. Et comme dans le cas des traumas individuels, l’inconscience est un moyen efficace de défense.

Mike Wyniger

De nouvelles révélations font vaciller un peu plus Anthony Fauci

SantéEnquête

De nouvelles révélations font vaciller un peu plus Anthony Fauci

Depuis un mois, les Etats-Unis vivent au rythme de la publication des archives d'Anthony Fauci. A la manœuvre: le sénateur républicain Rand Paul. Le 29 juillet, l'homme qui fut le visage de la riposte américaine au Covid a invoqué 111 fois le cinquième amendement pour ne pas répondre aux questions du Sénat. Trois vagues de publication ont suivi, dont la dernière très récente. La presse francophone s'est très peu intéressée à l'affaire jusqu'à présent.

Martin Bernard