C’est le mois terrible.
Celui des morts et des commémorations de toutes sortes. Tant qu’il n’y a aucun membre de ma famille ou de mes proches qui y soit enterré, j’aime aller me promener dans les cimetières, ce sont souvent de très beaux endroits. Le plus beau que j’ai vu c’est le Cimetero Monumentale près de Milan, grandeur et décadence des grandes familles italiennes, somptueux en automne avec ses allées remplies de feuilles mortes. Le glamour, définitivement, c’est le Père-Lachaise. Jim Morrison y est allongé et je me doute bien qu’Agnès Varda, Oscar d’Honneur pour l’ensemble de sa fabuleuse carrière de réalisatrice, est allée s’y recueillir plusieurs fois en hommage à celui qui fut son voisin et ami. Je propose d’ailleurs que la chanson thème des soirées remise-statuette-ensemble-de-carrière soit This is the end des Doors, parce que cela me semble approprié. Au printemps j’envisage d’aller au cimetière de Montrouge près de Paris, pour dire à Audiard (il a peut-être le wifi) que moi vivante, il ne mourra pas deux fois de ce qu’on lui reproche ces derniers temps. Depuis quelques semaines, on cherche à faire tomber nombre de mes héros (Kevin Spacey, Dustin Hoffman entre autres) me laissant croire que je me serais trompée sur toute la ligne. On va jusqu’à déterrer les morts pour faire leur procès, on assassine des gens célèbres et moins célèbres en balançant à la va-vite des noms à longueur de presse ou de fil d’actualité. Pas avec moi.
Au cimetière Zurich-Fluntern, tombe n°1449 un des plus grands cerveaux de la littérature du XXe siècle: James Joyce. De lui aussi, on n’a pas dit que du bien. Sa tombe est gardée par une statuette en bronze à son effigie. Joyce est assis, une jambe repliée, un livre dans une main et dans l’autre un cigare entre les doigts, le regard cerclé de lunettes, la tête tournée vers je ne sais quoi, l’Irlande ou le dernier bistro dans lequel il s’est enivré à Zurich.





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