« Je continue à considérer les nazis comme maléfiques, mais alors… je suis quoi, moi ? »


Dans NAZA, les cinéastes israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor recueillent les témoignages glaçants de soldats et d’agents du renseignement sur la guerre à Gaza. Cibles sélectionnées par intelligence artificielle, familles suivies à la trace, morts civiles réduites à des quotas acceptables… Leurs récits décrivent une mécanique où la responsabilité se dilue et où la « banalité du mal » prend une dimension vertigineuse.
Sommaire
En 1961, un bureaucrate allemand est jugé à Jérusalem pour sa participation à des crimes contre l’humanité pendant la Seconde Guerre mondiale. Cet homme, Adolf Eichmann, avait dirigé le bureau IV B4 du RSHA, la section administrative chargée de « l’évacuation juive ». Il n’avait pourtant pas versé lui-même les cristaux de cyanure dans les chambres à gaz, ni intégré le moindre escadron d’exécution. Sa contribution à la machine de mort était essentiellement logistique : il coordonnait le transport des Juifs à travers l’Europe.
Lors du procès, il se présente comme un simple rouage. À ses yeux, il n’avait commis aucun meurtre, ni fait tuer personne. Il n’avait pas élaboré la politique qu’il mettait en œuvre, mais s’était contenté de remplir la fonction précise qui lui avait été assignée au sein d’un système complexe dont les décisions se prenaient à un échelon supérieur. Le tribunal israélien rejette cette défense. Eichmann est reconnu coupable, condamné à mort et pendu en 1962.
C’est à la suite de ce procès que la philosophe Hannah Arendt, qui couvrait l’événement pour The New Yorker, développe le concept de « la banalité du mal ». Un mal dépourvu de haine ou de pulsions démoniaques, accompli par le zèle administratif, les euphémismes bureaucratiques, l’obéissance aux ordres, et le renoncement de l’individu à son pouvoir le plus intime : son libre arbitre et sa responsabilité morale.




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