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Network(s) as a form

« Les pirates et les corsaires des mers du XVIIIème siècle créérent un “réseau d'information” à l'échelle du globe : primitif et conçu surtout pour le business, le réseau fonctionna néanmoins admirablement. Il était parsemé d'îles et de caches éloignées où les bâteaux pouvaient s'approvisonner en eau et nourriture, et échanger le butin contre des produits de luxe ou de nécessité. Certaines de ces îles hébergeaient des “communautés intentionnelles”, de micro-sociétés vivant sciemment hors la loi et déterminées à le rester, même si ce n'était que pour une courte, mais joyeuse, vie. »

Hakim Bey, Zones Autonomes Temporaires, chap. 1 : Les utopies pirates. 

Le réseau

En école d’art, on travaille (souvent beaucoup) à se construire son réseau. De façon générale, c’est un impératif pour quiconque veut construire quoi que ce soit d’important, que ce soit profondément altruiste ou totalement égoïste : Le réseau est une nécessité contemporaine.
L’art lui-même se pense désormais énormément en termes de liens, de ponts et de connexions. Chaque individu est un nœud qui appartient à un ensemble de plus en plus vaste, de plus en plus global (ou pas ?)
Le réseau sous toutes ses formes sous-tend totalement la société, au moins occidentale, dans son ensemble : L’argent est virtualisé depuis longtemps. L’information tend à une virtualisation et à une relocalisation : Nos données sont de plus en plus stockées sur des serveurs et non plus sur des ordinateurs personnels.

/ De pouvoir

Internet en tant que vecteur de diffusion d’informations a dès son origine été l’objet de nombreux questionnements et de non moins nombreux activismes. Les mouvements hackers face à l’appropriation commerciale, le libre contre le propriétaire, la libre circulation de l’information contre les brevets logiciels.

/ Comme forme

Travailler en réseau ouvre la possibilité de produire différents types de réponses formelles : On peut, par exemple, s’inscrire dans une approche de net-art, où une production artistique n’existe que sur internet et ne peut pas en être dissociée : Elle peut être décrite, mais pas montrée, en dehors du strict contexte d’Internet.
On peut aussi se trouver dans un usage utilitaire du réseau, pour gérer de toutes les façons possibles et imaginables la production d’une œuvre quelle qu’elle soit, mais qui n’est pas en rapport avec lui.
On peut enfin imaginer une troisième approche où un réseau virtuel pourrait surgir dans la réalité concrète et y produire une forme, sans nécessairement renoncer à sa nature. Concevoir la circulation d’informations non plus comme à l’opposé du monde physique, mais rechercher à établir des ponts entre ces deux supposés antagonistes.

Workshop

Est-il possible d’imaginer un workshop regroupant des étudiants des différentes écoles d’art françaises (pour commencer) qui aurait pour but d’utiliser ce mode du réseau pour produire un travail non pas seulement avec, mais sur le réseau ? Un réseau fractal, imaginons : C’est déjà assez facile dans un workshop situé géographiquement en une seule place, où un ensemble d’étudiants sont orientés dans une dynamique globale, mais où des sous ensembles se créent rapidement, des réseaux dans le réseau. Rajoutons une couche supplémentaire, une couche d’abstraction, en concevant ce workshop comme la connexion de différents sites géographiques (les écoles d’art)
Une telle structure permettrait de réorganiser drastiquement l’organisation du travail : En effet, dans ce premier réseau où chaque école forme un noeud géographiquement localisable, pourraient se construire une ou plusieurs strates de liens secondaires, nées de projets et pouvant relier des étudiants de différentes écoles, dans différents modes de communication, dans différents buts.
Il s’agit aussi évidemment d’une remise en jeu des questions de pouvoir : Une telle structure présuppose, au moins au départ, une certaine horizontalité.